Personne

Mandenga Diek

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D'après Wikipédia

Mandenga Diek, né le 15 septembre 1871 à Belltown, dans l'actuelle ville de Douala, et mort le 21 juin 1943 à Dantzig, est un cordonnier et homme d'affaires camerounais établi en Allemagne. Naturalisé en 1896, il est considéré comme le premier Africain connu à avoir obtenu la nationalité de l'Empire allemand.

Membre des réseaux d'entraide africains de Hambourg, il soutient plusieurs ressortissants camerounais dans leurs démarches administratives. En 1919, il cosigne la pétition de Martin Dibobe en faveur des droits politiques et civils des Camerounais. Installé à Dantzig, il subit avec sa famille les persécutions raciales mises en œuvre après l'arrivée au pouvoir du parti nazi.

Biographie

Jeunesse et installation à Hambourg

Mandenga Diek naît le 15 septembre 1871 à Belltown, Douala, au Cameroun. À partir de 1884, le Cameroun devient une colonie de l'Empire allemand sous le nom de Kamerun.

Avec son frère Anjo Diek et Georg L. Ekambi, qui travaillent plus tard comme artistes à Berlin, il arrive à Hambourg le 16 mai 1891 à bord d'un navire de la compagnie Woermann-Linie. Les Diek appartiennent à une famille de la haute société. Ils font partie d'un groupe de Duala, en majorité issus de la noblesse, qui se rendent en Allemagne pour étudier ou apprendre un métier.

Selon sa famille, le père de Mandenga Diek souhaite qu'il entreprenne des études de médecine. Il aurait toutefois perdu connaissance en tentant de disséquer un cadavre durant un cours d'anatomie. Il devient alors apprenti cordonnier et obtient son diplôme de compagnon (en) le 10 décembre 1894.

Katharina Oguntoye considère que son apprentissage avait probablement été organisé avant son arrivée à Hambourg et qu'il avait déjà acquis quelques notions d'allemand au Cameroun. Ses filles racontent que son employeur l'exposait dans la vitrine de son atelier afin d'attirer les clients. Diek quitte alors son emploi et se met à son compte comme commerçant.

Naturalisation et premier mariage

Mandenga Diek a une fille, Erika Mandenga, avec Friederike Schöning, fille d'un policier hambourgeois. L'enfant naît en novembre 1895. Le couple se marie en août 1897, puis divorce.

Afin de pouvoir se marier, Diek obtient la citoyenneté hambourgeoise et, par conséquent, celle de l'Empire allemand, le 23 novembre 1896. Il devient ainsi l'un des rares Africains naturalisés allemands à cette époque.

La citoyenneté accordée par un État allemand confère alors automatiquement celle de l'Empire. Cette règle est modifiée en 1913, lorsque les demandes de naturalisation doivent également être examinées par les autres États allemands. Diek est considéré comme le premier Africain connu à être devenu citoyen allemand.

Sa demande est facilitée par son appartenance à l'Église luthérienne et par les recommandations de plusieurs Allemands qui le connaissent. Son employeur et un lieutenant de réserve attestent de son assiduité. Son origine sociale aisée a également pu jouer en sa faveur. Il est possible qu'il ait attendu sa naturalisation avant de se marier afin d'éviter que sa fille perde sa nationalité allemande.

En 1895, Diek sollicite une aide financière pour retourner au Cameroun et y exercer le métier de cordonnier. Les autorités coloniales acceptent d'abord sa demande, puis la rejettent en 1898 lorsqu'il souhaite emmener sa famille. Elles considèrent ce projet comme contraire au « maintien de l'autorité blanche ». Les couples mixtes sont alors considérés comme incompatibles avec l'ordre colonial, et plusieurs Africains ne sont pas autorisés à retourner dans les colonies avec leurs épouses allemandes.

Diek tente de nouveau de retourner au Cameroun avec sa famille en 1899. Il envisage de travailler comme interprète pour le gouvernement, mais le ministère allemand des Affaires étrangères rejette sa demande. Il effectue toutefois un séjour au Cameroun en octobre 1906. À Hambourg, il travaille comme cordonnier, marchand et représentant de commerce.

Vie à Dantzig et second mariage

En 1913, Mandenga Diek s'installe à Dantzig, aujourd'hui Gdańsk, en Pologne. Il travaille d'abord comme employé, puis fonde une entreprise d'importation de produits coloniaux et d'échange de devises.

Après la Première Guerre mondiale, alors que le Cameroun est placé sous administration française et britannique, il souhaite développer son activité avec ses frères et d'autres commerçants de Douala. Les autorités coloniales françaises refusent toutefois qu'il emmène au Cameroun un groupe comprenant trois ressortissants allemands.

Par l'intermédiaire d'amis communs, Diek rencontre Emilie Wiedelinski. Ils se marient en 1919. Leurs filles, Erika Emilie et Doris, naissent respectivement en 1916 et en 1920.

La mère d'Emilie Wiedelinski, originaire d'un village de Prusse-Orientale, s'oppose d'abord au mariage, puis se rapproche de son gendre après la naissance des enfants. La famille Diek mène une vie confortable dans un appartement de cinq pièces.

Lorsque Dantzig devient la Ville libre de Dantzig, une cité-État autonome séparée de l'Allemagne, les membres de la famille Diek doivent renoncer à leurs passeports hambourgeois. Ils deviennent citoyens de la Ville libre de Dantzig, statut qui ne leur confère pas automatiquement la nationalité allemande.

Ses filles décrivent leur père comme un citoyen respecté. Lorsque des visiteurs africains ou des artistes itinérants séjournent à Dantzig, Diek les invite à partager un repas avec sa famille.

Persécutions sous le régime nazi

Après l'arrivée au pouvoir du parti nazi en 1933, des militants organisent un boycott de l'entreprise de commerce de gros de Diek. Il ferme son commerce peu après. La famille perd son logement et doit déménager. Diek travaille ensuite dans une ancienne entreprise juive rachetée par un officier de la SS.

Vers 1936, Diek est contraint de retirer ses filles de l'école privée qu'elles fréquentent. La plus jeune est temporairement scolarisée dans un établissement polonais.

À partir de 1937, Emilie Diek doit se présenter régulièrement devant la section locale du Bureau de la politique raciale, dont les responsables lui demandent de quitter son mari. Elle attribue plus tard l'infarctus dont elle est victime en 1939 au harcèlement et au stress provoqués par ces convocations.

En 1938, Mandenga Diek demande aux autorités coloniales françaises l'autorisation de s'installer au Cameroun avec son épouse et l'une de leurs filles. Sa demande est rejetée. Lors de l'annexion de Dantzig par l'Allemagne en 1939, les membres de la famille ne sont pas considérés comme admissibles à la citoyenneté allemande. Ils deviennent apatrides et ne reçoivent que des passeports pour étrangers.

Ses filles rapportent que Diek poursuit ses démarches pour retourner au Cameroun. Après avoir obtenu des certificats attestant de son aptitude à vivre sous un climat tropical, il reçoit en mai 1943 une autorisation de départ. Celle-ci est toutefois conditionnée à sa participation à des activités de propagande au service de l'Allemagne nazie.

Diek refuse de faire la promotion d'un État qui le rejette en raison de sa couleur de peau. Sur le chemin du retour, il est victime d'une crise cardiaque et meurt en juin 1943.

Engagement communautaire

Mandenga Diek apporte son aide à d'autres immigrants africains établis en Allemagne. En 1903 et 1904, il représente les Duala Bruno Ngando et David Ibon Dowo dans leurs démarches auprès de l'Office colonial impérial. Il occupe une place centrale dans le réseau des Camerounais de Hambourg.

Il est membre de l'Association africaine de bienfaisance, en allemand Afrikanischer Hilfsverein. Cette organisation d'entraide offre un soutien communautaire, accompagne ses membres auprès des administrations et les aide à trouver un emploi.

En 1919, Mandenga Diek et son frère Anjo figurent parmi les signataires d'une pétition camerounaise lancée par Martin Dibobé. Le document est remis avant la cession des colonies allemandes à d'autres puissances européennes par le traité de Versailles.

Les signataires réclament l'égalité des droits pour les Camerounais, le droit de quitter la colonie et d'obtenir la nationalité allemande, la fin de la ségrégation dans la vie publique, une représentation au Parlement allemand, la reconnaissance des mariages mixtes et une réforme du système juridique colonial. La pétition propose une transformation profonde des relations entre le Cameroun et l'Allemagne. Les autorités allemandes n'y répondent pas et n'en publient que certains passages.

Descendance et mémoire

La fille issue du premier mariage de Mandenga Diek, Erika Mandenga Diek, épouse en 1919 Bonifatius Folli, né au Togoland. Ce mariage lui fait perdre sa nationalité allemande. Après leur divorce en 1923, elle reste apatride jusqu'en 1933, année où elle obtient de nouveau la nationalité allemande après avoir travaillé comme secrétaire à l'Office d'assurance-accidents du Reich. Elle la perd une nouvelle fois en 1936.

D'une relation antérieure avec Joseph Metziger, originaire de Sierra Leone, elle a un fils qui est âgé de quatre ans en 1919. Ce fils, Karl-Heinz Diek, souhaite épouser en 1940 Irma Franke, une Allemande avec laquelle il a trois enfants. Il est stérilisé de force en 1941 et la Gestapo lui ordonne de quitter sa compagne. En 1970, Erika Mandenga Diek est élue « plus belle grand-mère » de Hambourg.

La première fille issue du second mariage de Mandenga Diek, également prénommée Erika, ne parvient pas à trouver de place d'apprentissage à Dantzig. Elle s'installe à Berlin et épouse l'acteur Louis Brody le 9 mars 1938. Face au nombre de prétendants africains qui souhaitent rencontrer sa fille, Mandenga Diek aurait déclaré qu'il ne dirigeait pas une agence matrimoniale.

Erika et Louis Brody ont une fille, Beryl, née en 1939. Après leur divorce, Erika se remarie et continue de vivre à Berlin. Elle ne retrouve la nationalité allemande qu'en 1963, après le décès de sa mère, restée apatride.

Beryl épouse un Ghanéen nommé Adomako et travaille comme couturière et mannequin. Leur fille, Abenaa Adomako, participe ensuite à la création de l'Initiative des personnes noires en Allemagne.

Doris, la seconde fille issue du mariage de Mandenga et Emilie Diek, quitte l'école à l'âge de 17 ans, vers 1937, sans parvenir à trouver un emploi. Face à la pénurie de main-d'œuvre de 1939, elle travaille dans un entrepôt, puis obtient des postes de secrétaire auprès d'employeurs qui acceptent de l'engager. Son beau-frère Louis Brody l'aide aussi à trouver du travail dans le cinéma à Berlin et à Munich.

En 1944, Doris se voit interdire de se marier et doit subir une stérilisation forcée. Un policier la laisse toutefois s'échapper de l'hôpital. En décembre de la même année, elle est arrêtée dans la rue et envoyée dans un camp de travail forcé pour étrangers en raison de l'absence de papiers allemands. Elle parvient à s'enfuir quelques semaines plus tard.

À la fin de la guerre, Doris et sa mère se cachent à Bromberg, aujourd'hui Bydgoszcz. Emilie ne possède aucun document d'identité et ne parle que l'allemand. Les autorités polonaises ne croient donc pas qu'elle n'est pas allemande. Doris leur présente une photographie familiale pour prouver leur lien de parenté. Cette photographie évite à Emilie d'être envoyée dans un camp et lui sauve peut-être la vie.

Doris et sa mère créent ensuite une troupe de danse. Elles parviennent à quitter la Pologne pour Berlin, où Doris rencontre son futur mari, fonde une famille et poursuit une carrière dans le cinéma jusqu'aux années 1960.

Erika et Doris Diek, ainsi qu'Abenaa Adomako, petite-fille d'Erika, sont interrogées pour le livre publié en 1986 sous le titre Showing Our Colors: Afro-German Women Speak Out (en). Elles y rendent publique l'histoire de leur famille, tout en restant anonymes dans la première édition.

L'exposition « German Colonialism: Fragments, Past and Present », organisée en 2016 et 2017 au Musée historique allemand, comprend une installation photographique et un enregistrement d'Antonia Adomako, arrière-arrière-petite-fille de Mandenga Diek, racontant l'histoire de sa famille.

En 2023, un Stolperstein est posé en mémoire d'Erika Diek et de Louis Brody. La même année, Abenaa Adomako et son frère Roy organisent au musée de Schöneberg, à Berlin, une exposition consacrée aux cinq générations de leur famille en Allemagne. Intitulée « Sur les traces de la famille Diek. Histoires de personnes noires à Tempelhof-Schöneberg », elle commence par l'arrivée de Mandenga Diek.

L'image d'ouverture est un portrait de Mandenga Diek réalisé dans les années 1920. Il y porte un costume, deux bagues et tient une cigarette. L'écrivaine éthio-américaine Maaza Mengiste commente cette photographie, qui témoigne de son appartenance à la bourgeoisie de l'époque.

Texte de l'article Wikipédia « Mandenga Diek », révision du 18 juillet 2026, disponible sous licence Creative Commons Attribution – Partage dans les mêmes conditions 4.0. Wikipédia est rédigée par des bénévoles ; vérifiez les faits importants auprès des sources qu'elle cite.

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Sources

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    Mandenga Diek
    WikidataDernière vérification: 23 octobre 2026
  2. 2.
    Mandenga Diek
    Wikipedia (English)Publié 28 septembre 2026Dernière vérification: 23 octobre 2026
  3. 3.
    Mandenga Diek
    Wikipédia (français)Publié 18 juillet 2026Dernière vérification: 23 octobre 2026